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Venise 2012

Koji Wakamatsu et Kim Ki Duk

The Millenial Rapture
Koji Wakamatsu

ORIZZONTI

The Millenial Rapture est une fable : réalisée par un vieux maître, inspirée d’un vieux conte, racontée par une sage-femme mourante à la photo animée de son défunt mari – le tout bercé par une musique de temple zen, quelle que soit la scène racontée, évacuant toute tension et tout suspense au profit d’une sérénité qui est celle de la narratrice détachée des événements. Se dégage du film une vraie légèreté, humaine et tendre. Hanzo et Miyoshi sont les descendants de la lignée maudite des Nakamoto : leur malédiction, c’est le sexe, le désir permanent de séduire à nouveau, toutes les femmes et en particulier celles qu’il ne faut pas – Wakamatsu ne fut pas le producteur de L’Empire des sens pour rien. Autour de ces deux hommes, des épouses, des fiancées, des mères, des sages-femmes. The Millenial Rapture s’intéresse autant à celles-ci qu’aux deux égoïstes, et sa singularité vient peut-être de l’éloge de la femme qui est formulé via celui de la solidité du vagin : tout au long du film les hommes sont ces créatures mortelles que le moindre écoulement de sang suffit à tuer tandis que les femmes donnent la vie et prennent en main toute la communauté – assimilées lors d’un ultime plan à une falaise, où retentissent les pleurs d’un bébé. L’extase millénaire du titre est leur privilège, à elles. Un détail : le grain est le même que celui des derniers Raoul Ruiz, hyperréaliste et numérique – très peu de place est laissée au flou. Un flou que, justement, semblent affectionner les réalisateurs plus jeunes (Rama Burshtein, Harmony Korine). Comme si les réalisateurs ayant débuté avec des caméras à la précision moindre étaient voués à finir plus intéressés par la netteté extrême, dans un chiasme entre l’âge des réalisateurs et celui de leurs images.

*

Pietà
Kim Ki Duk

COMPETITION

La Pietà de Kim Ki Duk en est bien une, à ceci près que son Christ est un truand spécialisé dans la mutilation des mauvais payeurs, qu’une inconnue vient recueillir alors qu’il ne vit plus, allongé dans son lit à se masturber, presque mort – elle affirme être sa mère. Le film suit la cohabitation qui s’établit entre un monstre de violence et celle qui lui réapprend le charme de vivre et de communiquer. D’une inébranlable impassibilité de dépressif au début, le personnage principal se laisse peu à peu gagner par la faiblesse. Le ton général, en revanche, reste totalement neutre : seule l’image, très belle, semble tendre vers l’émotion. On pense à L’Etranger de Camus, aux textes secs et denses de Régis Jauffret : plonger le spectateur dans un malaise dû à l’enchaînement mécanique des horreurs. J’en retiens deux scènes. Dans la première, le Christ viole sa mère. Une sorte d’excitation gagne la caméra, qui cadre de très près et ne sait pas vraiment où regarder, zoome, dézoome, passe du visage de la victime à celui de l’agresseur, dans une excitation qui épouse alors le cynisme absolu de la scène. Dans la seconde, merveille d’humour noir, un mauvais payeur calcule qu’il sera plus avantageux pour lui de se faire couper les deux mains, car l’assurance lui rapportera plus et que son fils mérite de recevoir le plus d’argent possible. Il insiste cependant pour jouer une dernière fois de sa guitare. Son bourreau le regarde faire sans bouger. Puis il repose la guitare, replace ses mains sous la hache ; « allons-y ». Le pessimisme de Kim Ki Duk est célèbre. Il contribue cette fois à établir l’atmosphère d’un film flottant, traçant une trajectoire partant de la violence, s’avançant vers l’amour et la faiblesse pour s’achever avec un finale d’un triomphant sadisme. Une pietà où Marie attendrait que son fils ressuscite pour mieux lui arracher le cœur, sans qu’on sache s’il s’agit d’une vengeance ou d’une ablation. Portrait d’un monde où l’on ignore si l’on vous crucifie pour votre bien, ou par cruauté pure.

par Camille Brunel
jeudi 6 septembre 2012

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