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Shad is Shad

Aka Crise à la Shadothèque aka Les jours Bonnô

Ces derniers jours, beaucoup d’amis lèvent leur voix pour dire : ils sont fous ! Et de tous les côtés on réclame un mot de Shad. Plus que ça, on l’exige ! C’est que le silence de Shad pèse plus lourd que la parole de Costaud Gravos. Qu’est-ce qu’il fait ? Pourquoi ne s’exprime-t-il pas alors que la Shadothèque est en danger ? On s’imagine que je suis en vacances quelque part, et que cette crise m’indiffère. Faux ! Archifaux !
Il est vrai que je me trouve ces jours-ci dans la résidence maritime de mon très cher ami Tommy Cruiseur. Et que nos discussions ne portent pas forcément sur la France, encore moins sur la Shadothèque, alors qu’elles sont parfaitement arrosées de champagne Pipinsec réserve mezzanine 1964, rigoureusement servi à la temperature de 4,7 degrés... On ne s’ennuie pas mais il arrive qu’un moment de silence surprenne nos soirées. En de tels moments, Shad ne peut pas s’empêcher de tourner son esprit vers la vie d’autrefois. Et Tommy, qui est fin psychologue, de crier en direction des serviteurs l’ancienne devise de la Shadothèque : les petits fours ! Quel bonheur d’entendre ce Ricain scientolo se mettre tout à coup à parler cinéphilie, et dans la langue de Bazino ! Avec lui, les grands jours de la mezzanine reviennent en force, de sorte que l’on se retrouve à parler du passé, mais inévitablement du présent, également.
Tell me Shad, what’s wrong with Fred Boninô ? – m’a-t-il demandé. The guy fait tout like you. Il honore, il accueillit, il célèbre the big stars, il traite les femen de dingos extraconnes... Mais ça ne work pas. Il est vrai que ça ne marche pas. J’allais m’en tirer d’une blague : Shad is Shad. Mais quelle sagesse dans cette formule ! Rappellez-vous, ce n’est pas la première fois que les sans-dents demandent la tête de Poponski. Seulement autrefois un seul coup de Shad avait suffi à tempérer les ardeurs et à restaurer l’autorité de la Shadothèque [Belmondo, Malmondo aka Salut la Suisse]. Alors que Bonnô se montre d’abord autoritaire, puis impuissant, jamais souverain. C’est que, lorsque Shad prononce un hommage, le public voit en lui la sincérité, la profondeur, l’émotion. J’oserais ajouter : l’enfance. Lorsqu’il dit : attention tyrannie ! Censure ! Extrémisme ! Tout le monde se range derrière lui. Et, tel un bébé, il n’a besoin ni d’armes ni de ruses. Le spectre de 68 le protège. Sa passion pour le cinéma est déjà un cinéma : combien de rôles a-t-il joués ? Combien de films a-t-il montrés ? Combien de stars a-t-il invitées ? Impossible de les compter tous. Shad est passé par tous les états possibles : états d’âme, états physiques, de la gauche la plus extrême à la plus respectable, de la Revue à la Shadothèque, d’un galopin à la sortie de Chaillot à un Cosmo au comptoir du Jimmiz. Incroyable disponibilité, incroyable métamorphose, incroyable humilité et grande fidélité à lui-même et, ça va de soi, à la mezzanine. Tout cela le public n’ignore pas de le savoir. Shad est comme un spectacle de catch : on n’est pas dupe, mais on l’adore. Voire, c’est parce que l’on sait ce qu’il est qu’on l’adore. Force et magie de l’illusion. Vertiges de la mezzanine. Mais Fred Bonnô, lui, il ne sait pas. Il n’a pas compris. Are you kidding man ? The guy even called the police to get rid of a young working girl and a bunch of hipsters ! What do you want him to do to prove he is a chien de garde ? Allais-je expliquer le concept d’idéologie à Tommy Cruiseur ? Mission ardue. Mais pas pour Shad ! Look Tommy, il le fait (et en fait même un peu trop)..., mais il s’ignore. Et sans doute soupçonne-t-il quelque chose, puisqu’il s’agite et s’échauffe comme un roquet devant un mirroir... Sur ça, j’ai suspendu ma cogitation qui devenait charlotmarxienne. What the guy needs is a shower and a good shave ! Rebondit Tommy qui guettait l’entretien vidéo de Meditapart avec un Bonnô sur son iSteve Y ultrathune dont l’écran 3D oligarc restituait impitoyablement bien la couleur rouge homard de son cuir. Après quoi, on a lollé comme des fous ; surtout Tommy – tellement fier de sa blague, il était littéralement renversé de rire et a fini par rendre trois kilos de petits fours dans le seau à Champagne. C’était Bonnô à voir.

par Shad Teldheimer
dimanche 12 novembre 2017

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